L’African Book Truck, un projet signé Paroles Indigo.

Bonjour à tous.tes et bienvenue dans ce nouvel entretien ! Aujourd’hui, je suis très heureuse d’accueillir Isabelle Grémillet, première femme à intervenir dans un entretien de Passionnément; elle va nous parler de sa passion pour les livres et la culture africaine. Il s’agira notamment du tout nouveau projet de l’association Paroles Indigo; un projet susceptible de tous vous intéresser. Je vous souhaite une très bonne lecture !

Bonjour Isabelle, et merci d’avoir accepté cet entretien. Pouvez-vous commencer par dire quelques mots sur votre parcours et sur ce qui vous a mené au projet dont nous allons parler ?

Bonjour, oui, bien sûr ! Au départ j’ai une formation universitaire d’histoire de l’art et d’histoire contemporaine africaine. J’ai d’abord travaillé en librairie à Paris, puis pour différentes maisons d’édition, surtout au service commercial J’ai travaillé pour des maisons spécialisées sur l’Afrique, puis pendant quatorze ans pour la maison Actes Sud en tant que représentante; puis directrice des ventes. Parallèlement, mon lien avec l’Afrique s’est construit dans le cadre familial, puis plus tard au travers de mes études.Ce projet de création d’une structure de diffusion pour les éditeurs africains,, je l’ai porté dix ans avant de le réaliser. Je crois qu’il y a un âge où il faut réaliser ses rêves, c’est donc un peu comme un cadeau d’anniversaire que je me suis offert pour mes 50 ans ! 

« Je crois quil y a un âge où il faut réaliser ses rêves »

Pouvez-vous nous parler de Paroles Indigo ?

Alors, Paroles Indigo est une association qui a fêté ses dix ans en décembre dernier, et qui a été fondée pour promouvoir les éditeurs, auteurs et artistes qui créent sur le continent africain. L’idée de fond est de faire entendre et connaitre cette création. En effet, on constate qu’une partie de cette création est relayée en France, c’est à dire publiée par des maisons d’éditions françaises mais cela n’est pas représentatif de la largeur de l’offre africaine. Les auteurs qui sont relayés sont les plus médiatisés, et les plus médiatisables ce qui réduit le champ et constitue un message parfois détourné de la réalité; d’où l’utilité d’aller plus loin. 

Quels types d’évènements organise cette association ?

Nous organisons un festival le premier weekend de novembre à Arles et Tarascon avec notamment des lectures, des rencontres d’auteurs, mais aussi des spectacles de théâtre, des concerts, des expositions d’arts plastiques etc. Ce festival est aussi très soucieux d’aller au devant de tous les publics, et grâce à la présence de nos invités, nous intervenons aussi dans les crèches afin de sensibiliser les plus jeunes à la lecture, mais aussi dans un lycée, à travers des ateliers d’écriture « Lycéens poètes » depuis désormais deux ans. Avec les « diners lectures » que nous organisons tout au long de l’année en partenariat avec les centres sociaux et dans le cadre de la politique de la ville; nous allons à la rencontre d’un public habituellement éloigné des festivals pour que chacun se sente concerné, invité et attendu. Il s’agit vraiment de rassembler et d’universaliser.

Les retours de cette politique d’ouverture à un public large sont-ils positifs ? 

Oui, c’est un grand plaisir à chaque fois. Par exemple, l’an dernier, le spectacle de conte du samedi soir a accueilli deux minibus de personnes rencontrées à travers les dîners lecture ! C’est très encourageant, et puis nous sommes heureux de voir que ce projet attire et que le public se sent concerné.

C’est d’ailleurs un festival qui est devenu double depuis 4 ans car il existe d’une part à Arles et Tarascon en novembre; mais également dans un pays partenaire en Décembre. Nous avons ainsi pu travailler avec la Côte d’Ivoire, mais aussi la Tunisie, ou encore le Mali. Tout cela est en partenariats avec les éditeurs locaux. Cela nourrit la création de lien avec les auteurs et artistes, c’est une grande chance de pouvoir travailler avec eux.

 » Le projet de l’African Book truck est né dans le prolongement direct de l’expérience du festival, c’est comme s’il s’agissait de le rendre mobile »

Le dernier projet en date de l’association est l’ « African Book truck » pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste et comment cette jolie idée a pris forme ? 

Le projet de l’African Book truck est né dans le prolongement direct de l’expérience du festival, c’est comme s’il s’agissait de le rendre mobile. Dans le cadre de la saison culturelle Africa 2020/21 organisée par L’Institut français, nous avons imaginé la création de ce camion pour continuer à promouvoir les auteurs et les éditeurs africains. Tous les genres seront représentés : littérature jeunesse, BD, livres d’art, essais…expérience du festival, c’est comme s’il s’agissait de le rendre mobile.

Vous avez d’ailleurs des parrains et marraines investis et engagés pour soutenir ce projet; qui sont-ils ? 

Tout à fait; nous avons un parrain et une marraine tout deux absolument passionnants, et passionnés ! D’une part Soro Solo qui est ivoirien, journaliste radio créateur d’une émission à grand succès en Côte d’Ivoire. Il a notamment animé sur France Inter l’émission « L’Afrique enchantée ». La marraine est Chantal Ahounou; Agrégée d’histoire, et spécialiste de l’histoire de l’Afrique du sud. Elle enseigne en lycées et collèges en région parisienne elle est très engagée dans la lutte contre les discriminations.

Aux côtés de ces parrains et marraines investis et concernés, vous accordez également une place importante aux jeunes au sein de votre équipe, pourquoi ce choix ?

Depuis sa création, Paroles Indigo a en effet toujours intégré des jeunes en stage ou en alternance. Notre dernier stagiaire était d’ailleurs tellement engagé que nous l’avons embauché en alternance pour son master 2. Il est diplômé aujourd’hui et nous sommes en train de lui créer un poste tant il est devenu une partie importante de ce projet. C’est une richesse parce que même quand on est du métier, chaque génération apporte sa façon de pratiquer et de voir les choses, et je pense qu’il est enrichissant, pour les uns et pour les autres, d’apporter différentes expériences et points de vue et pouvoir les additionner. Il est important de transmettre le savoir qu’on a pu acquérir.

« c’est important de transmettre un savoir {…} il y a toujours quelque chose à prendre pour tout le monde »

Où en est ce projet du Book Truck à l’heure actuelle ?

Nous avons acheté le camion qui pour l’instant est…tout blanc ! (rires) Pour son aménagement en camion librairie bibliothèque mobile, nous l’avons confié à des entreprises locales situées à Arles, dans les locaux d’Archéomed, des artisans travaillant le métal, le bois, comme la toile vont intervenir, ainsi qu’un spécialiste du pochoir pour faire la décoration du camion. Bientôt, il ressemblera à un « car rapide » sénégalais. Il en comporte d’ailleurs les dessins traditionnels. Il aura notamment un grand auvent latéral sous lequel se tiendront les animations, et où on installera les livres. Nous sommes dans l’équipe, très largement liés au Sénégal d’où l’inspiration. En attendant d’avoir ce fameux camion, nous avons demandé à un illustrateur (Chrisatian Epanya) de nous le dessiner, dans l’esprit des cars rapides sénégalais. Il a été tellement sensible à ce projet qu’il en a imaginé le livre retraçant l’histoire du camion. Il a d’ailleurs publié cette semaine deux dessins originaux (que vous pouvez retrouver sur la page Facebook de l’association) qui vont faire partie de cette histoire.

Quel est le périple de ce camion, et quand est-ce qu’il va se mettre en route ?

Sa première sortie est prévue du 16 au 19 décembre à la demande de « Clermont communauté » (la métropole de Clermont Ferrand), mais on espère pouvoir organiser l’inauguration officielle à Arles  (ville où le projet est né) avant de partir sur la route. On va être en France et en Europe pendant deux ans; et le grand projet suivant  est une traversée Ouest de l’Afrique avec le Camion en 2023 en montant le projet « un enfant un livre » qui nous permettrait d’offrir un livre publié par un éditeur africain et choisi selon la tranche d’âge, à tous les enfants qui vont participer au projet. 

L’itinéraire n’est pas encore planifié, cela fonctionne en fonction d’une demande, d’où la nécessité d’en parler autour de soi. 

Concernant le financement, tout dépendra des fonds que nous parviendrons à rassembler. Le camion est une aventure particulière qui demande un investissement fort. Nous pensons que  bien plus qu’un simple camion c’est un vrai vecteur d’ouverture culturelle car il y a besoin que le continent africain soit mieux connu dans sa réalité et non à travers certains clichés. Toutes les contributions sont les bienvenues, pour nous permettre d’équiper au mieux le camion. Toutes les personnes qui vont contribuer seront associées à l’histoire de ce camion; puisqu’il est construit comme une aventure commune entre éditeurs, écrivains, et toutes les personnes avec lesquelles nous allons interagir. 

« Toutes les personnes qui vont contribuer seront associées à lhistoire de ce camion »

Pour finir Isabelle, je vous pose une question que je pose à tous mes invités; quel est votre vision de la culture ? 

Je vais m’exprimer d’abord sur la question des livres en disant que j’ai eu la chance immense de grandir dans des maisons pleines de livres; dans un environnement où la lecture était omniprésente, ce qui m’a donné une certaine ouverture, une compréhension, et surtout la capacité à me transposer dans un monde différent du mien; et je crois que tout le monde devrait avoir cette chance. L’expérience d’un livre est unique, et je crois que cela est vrai à tous les âges, c’est pourquoi j’ai envie de rendre ce plaisir accessible au plus grand nombre.

J’ai eu la chance par ailleurs de voyager en Afrique depuis des années, et cela a été une expérience très fondatrice qui m’a permis de mesurer l’immensité de notre méconnaissance. Nous sommes à un moment charnière et nous devrions développer l’intelligence du savoir mutuel. Pour cela il faut pouvoir sortir des stéréotypes qui sont réducteurs, alors que la richesse de la culture humaine et mondiale est immense. Je crois que la culture est un enrichissement personnel et collectivement; et que les livres, particulièrement, permettent de rencontrer les autres où qu’ils se trouvent.  

« Je crois que la culture est un enrichissement personnel et collectif et que les livres, particulièrement, nous  permettent de rencontrer les autres où qu’ils se trouvent. »


Merci à tous.tes d’avoir lu cet article, et n’hésitez pas à le relayer, mais aussi donner votre avis en commentaires. J’en profite pour vous informer que nous avons mis en place un partenariat avec Paroles indigo dans le cadre du livre de la semaine. Comme vous le savez, chaque semaine, Passionnément vous propose un livre à découvrir; et il s’agira grâce à ce partenariat, de découvrir chaque mois, un livre écrit par un auteur africain, et publié par une maison d’édition africaine ! De quoi promouvoir la diversité culturelle, mais aussi élargir ses connaissances, en découvrant des ouvrages peu présents en France. À bientôt pour un nouvel article ! 

Isabelle Grémillet

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